Je suis resté debout dans l’encadrement de la porte et je n’ai pas pu bouger. Tout autour de moi semblait suspendu, comme si le temps s’était arrêté et que la maison entière était devenue un tableau figé. La lumière d’une lampe dans la pièce voisine projetait de longues ombres sur le parquet ancien, et chaque mouvement de ces ombres paraissait exagéré, presque irréel.

L’air était chargé d’un silence particulier, plus lourd qu’une simple absence de bruit, presque palpable. Je respirais lentement, essayant de capturer chaque détail : l’odeur des vieux livres sur les étagères, le parfum subtil du café refroidi sur la table, et le léger courant d’air venant de la fenêtre entrouverte. Chaque sensation semblait amplifier la tension, rendant le monde extérieur à la fois proche et lointain.
Puis je l’ai vue. Une silhouette dans l’ombre d’un coin de la pièce, immobile mais d’une présence si intense qu’elle me paralysait. Ce n’était pas seulement son apparence – simple, presque anodine – mais la profondeur de son regard. Ses yeux semblaient tout savoir de moi, lire chaque pensée cachée, chaque souvenir enfoui. Mon corps s’est figé. Mon cœur battait rapidement, mais silencieusement, et chaque mot que j’aurais voulu dire est resté coincé dans ma gorge.
Quand j’ai finalement tenté de faire un pas en avant, elle n’a pas bougé. Pourtant, sa seule présence remplissait la pièce entière, comme si tout ce que je connaissais avait cessé d’exister. Les murs, les meubles, la décoration familière semblaient n’être qu’un décor pour quelque chose de plus grand, de plus mystérieux.
À ce moment-là, j’ai compris que mon incapacité à bouger n’était pas seulement de la peur, mais aussi de l’émerveillement. Je me tenais là, suspendu dans l’instant, conscient que chaque geste, chaque décision qui suivrait porterait un poids que je n’avais jamais ressenti auparavant. Et j’ai su que ce moment, dans l’encadrement de cette porte, resterait gravé dans ma mémoire pour toujours, marquant un avant et un après dans ma vie, comme une frontière invisible que je venais de franchir.