Ma mère est tombée enceinte alors qu’elle était encore au lycée. Quand j’étais enfant, c’était une simple phrase qu’elle mentionnait de temps en temps, dans un contexte de discussions familiales, mais jamais vraiment en détail. Cela faisait partie de l’histoire qu’on racontait parfois, sans trop s’y attarder, comme si cela faisait partie d’un passé qu’il valait mieux oublier. Mais en grandissant, j’ai commencé à comprendre l’ampleur de ce que cela signifiait pour elle.

À l’époque, elle n’avait que 17 ans, avec des rêves d’avenir et des projets comme tous les jeunes de son âge. Elle vivait sa vie, l’esprit rempli d’envies de liberté, de découvrir de nouvelles choses et de devenir la personne qu’elle voulait être. Et puis, un jour, sa vie a pris un virage inattendu. La grossesse n’était pas un projet, c’était une réalité à laquelle elle a dû faire face avec tout le courage qu’elle pouvait trouver.
Les premières réactions des gens autour d’elle ont été un mélange de choc, de jugement et de scepticisme. À l’école, ses camarades la regardaient différemment, certains avec compassion, d’autres avec mépris. Les professeurs ne savaient pas trop comment l’aborder, et les regards des adultes étaient parfois plus lourds que des mots. Ma mère m’a souvent raconté qu’elle avait eu l’impression de devenir transparente, comme si sa valeur se résumait à une simple erreur, à un faux pas dans sa vie. Mais elle a choisi de ne pas se laisser abattre.
Elle a continué à étudier, mais les choses n’étaient plus jamais les mêmes. Elle a dû jongler entre ses études et les responsabilités d’une future mère. Le soutien de sa famille n’était pas immédiat, mais avec le temps, ils ont fini par comprendre qu’elle ne pouvait plus être traitée comme une adolescente insouciante. C’était devenu une question de survie, une lutte quotidienne pour réconcilier ses aspirations avec la réalité de sa grossesse.
Puis, lorsqu’elle m’a mise au monde, tout a changé. Ce n’était plus sa vie, mais la nôtre. Chaque décision qu’elle prenait devait désormais être pensée pour deux. Les rêves qu’elle nourrissait autrefois ont dû céder la place à la réalité du quotidien, mais elle ne s’est jamais sentie victime de cela. Elle m’a toujours dit que sa maternité, bien que non planifiée, lui avait donné une direction et un sens à sa vie.
En grandissant, j’ai découvert tout ce que ma mère avait sacrifié. Non pas de manière dramatique, mais dans les petites choses quotidiennes. Son temps, ses envies, ses projets personnels avaient dû être mis en pause pour que je puisse grandir dans un environnement stable. Elle m’a souvent dit que chaque sacrifice, chaque moment difficile en valait la peine.
Aujourd’hui, en la regardant, je réalise à quel point elle a été forte. Pas d’une force bruyante, mais d’une force tranquille, celle qui résiste aux épreuves sans jamais se laisser abattre. Elle a construit une vie pour nous deux, avec peu de moyens, mais avec beaucoup de cœur et de persévérance.
Ma mère est tombée enceinte alors qu’elle était encore au lycée. Mais ce que je comprends aujourd’hui, c’est que c’est ce moment précis qui a forgé la personne qu’elle est devenue. Elle m’a appris que la vie peut prendre des tournants inattendus, mais que c’est la façon dont on réagit à ces moments qui définit notre avenir.