Il ne m’a jamais regardée dans les yeux quand il commençait à parler. Son regard fuyait toujours vers le sol, glissait sur les murs ou se perdait quelque part dans l’espace, mais il ne rencontrait jamais le mien. Cela me fascinait autant que cela m’inquiétait. Au premier abord, on aurait pu croire qu’il était simplement timide, réservé, mais peu à peu, j’ai commencé à sentir qu’il y avait quelque chose de plus profond derrière ce geste – quelque chose qu’il ne voulait pas montrer, mais qui était pourtant palpable dans l’air entre nous.

Quand il parlait, sa voix restait calme, posée, presque mesurée, mais je percevais sous cette apparente tranquillité une tension invisible. Chaque mot semblait soigneusement pesé, comme s’il craignait que ses pensées les plus intimes s’échappent si ses yeux se posaient sur les miens. Ses mains tremblaient légèrement lorsqu’il gesticulait, et je remarquais que même le plus petit mouvement trahissait une inquiétude sourde. Ce contraste entre la voix posée et le corps agité était étrangement captivant.
Je me demandais souvent pourquoi il ne pouvait pas soutenir mon regard. Était-ce de la peur ? Du respect ? Peut-être un sentiment de culpabilité ? Sans doute un mélange de tout cela. Et pourtant, malgré tout, ses paroles m’attiraient irrésistiblement. Elles étaient sincères, même si ses yeux semblaient cacher une part de vérité. J’ai remarqué que lorsqu’il racontait quelque chose de personnel, son regard se détournait au moment même où il approchait le cœur de son récit, là où il ne voulait pas se montrer vulnérable.
Avec le temps, je me suis habituée à cette manière particulière de communiquer. J’ai appris à lire entre les lignes, à comprendre ce qu’il voulait dire sans avoir besoin de ses yeux. Et paradoxalement, c’est cela qui rendait sa présence encore plus intense. Il y avait une tension, des non-dits, des émotions cachées dans chaque mot – quelque chose d’invisible mais profondément palpable.
Pourtant, même s’il ne me regardait jamais directement, je sentais qu’il m’accordait son attention. Chaque mot était comme un toucher discret, délicat mais chargé de sens. J’ai compris que parfois, le vrai lien ne nécessite pas un regard direct ; parfois, l’attention silencieuse et discrète est plus puissante que n’importe quel mot ou regard.
Aujourd’hui, quand quelqu’un parle sans me regarder dans les yeux, je repense à lui. À son silence, à ses gestes, à sa manière subtile et discrète d’être présent sans imposer quoi que ce soit. Et je comprends que la véritable connexion peut exister même là où les yeux ne se croisent jamais.