Je me tenais entre les portes de sa chambre et je sentais que l’espace autour de nous était devenu étranger et lointain

Je me tenais entre les portes de sa chambre et je sentais que l’espace autour de nous était devenu étranger et lointain. Quelques heures plus tôt, cette pièce était encore un refuge familier, rempli de détails rassurants : des vêtements jetés sur une chaise, une lumière douce, des murmures avant le sommeil. À présent, tout semblait déplacé, comme si le décor avait changé sans prévenir, me laissant sans repères.

Ma main reposait sur la poignée, immobile. Je la sentais froide, presque hostile, et cette sensation me ramenait brutalement au présent. Elle était assise sur le lit, le regard détourné, enfermée dans un silence que je ne savais pas franchir. Ce n’était ni de la colère ni du rejet, mais quelque chose de plus fragile, plus inquiétant : une distance nouvelle.

Je cherchais mes mots, mais ils refusaient de venir. Ceux que j’avais imaginés dans le couloir perdaient tout leur sens une fois arrivée là. Certaines vérités, je le comprenais à cet instant, ne peuvent pas être dites sans briser quelque chose. Et certaines fractures apparaissent sans bruit, laissant derrière elles un malaise profond.

Je me souvenais des soirs où je me tenais exactement au même endroit, fatiguée mais apaisée. Le seuil de la porte n’était alors qu’un passage banal entre la journée et la nuit. Aujourd’hui, il ressemblait à une frontière invisible, séparant ce qui avait été simple de ce qui ne le serait plus jamais tout à fait.

Elle a finalement levé les yeux vers moi. Il n’y avait pas de reproche dans son regard, seulement des questions muettes et une forme de prudence. J’ai fait un pas en avant, puis je me suis arrêtée. Je sentais instinctivement que m’approcher davantage serait une erreur. Parfois, respecter la distance est la seule manière de rester présente.

Je suis restée là longtemps, sans bouger. Le temps semblait suspendu. Rien n’avait changé autour de nous, et pourtant tout était différent. C’est à ce moment-là que j’ai compris que le sentiment de sécurité, comme un lieu, peut disparaître sans prévenir. Et qu’il faut alors le reconstruire patiemment, geste après geste, exactement là où la distance est née.

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