J’ai acheté du maïs dans un supermarché tout à fait ordinaire en rentrant du travail. Ce n’était ni prévu ni réfléchi. Je n’avais pas de liste précise, seulement l’envie vague de rentrer chez moi au plus vite après une journée lourde et interminable. Le maïs était là, posé parmi d’autres produits sans histoire, et je l’ai pris presque machinalement, comme on attrape quelque chose de familier sans savoir pourquoi.

Le supermarché était rempli de bruits mécaniques et de gestes automatiques. Des chariots qui s’entrechoquent, des voix fatiguées, des regards perdus dans les allées. Chacun semblait suivre son propre itinéraire intérieur, pressé mais absent. Je me sentais exactement pareil : présente physiquement, ailleurs mentalement. Rien ne laissait présager que cet achat banal aurait la moindre importance.
Une fois à la maison, j’ai posé les sacs sur le plan de travail et je suis restée immobile quelques secondes. Le maïs a attiré mon attention. Je l’ai pris dans mes mains et, sans raison apparente, une série d’images m’est revenue. Des étés anciens, la chaleur, des rires, le goût du beurre fondu sur les doigts. Des souvenirs simples, presque oubliés, que le rythme quotidien avait peu à peu effacés.
Je l’ai préparé sans effort, sans recette particulière. De l’eau, un peu de sel, de la patience. Je me suis assise à table seule, sans écran, sans distraction. Chaque bouchée était rassurante, familière, presque méditative. Pour la première fois de la journée, je ne pensais ni au lendemain ni à ce que je n’avais pas terminé. J’étais simplement là.
Ce moment m’a fait réaliser à quel point nous sous-estimons la force des choses ordinaires. Nous courons après des expériences exceptionnelles, persuadés qu’elles seules donnent du sens, alors que la paix se cache souvent dans des gestes minuscules. Un repas simple, un souvenir réveillé, une pause inattendue.
J’ai acheté du maïs dans un supermarché tout à fait ordinaire en rentrant du travail. Et sans le savoir, j’ai ramené avec moi bien plus qu’un aliment. J’ai ramené un instant de calme, une respiration dans le tumulte, une preuve discrète que même les jours les plus banals peuvent contenir quelque chose de précieux.