J’ai arraché la semelle intérieure avec mes ongles, bien qu’elle fût collée si solidement que j’ai dû utiliser toute ma force.

J’ai arraché la semelle intérieure avec mes ongles, bien qu’elle fût collée si solidement que j’ai dû utiliser toute ma force. Mes doigts me faisaient mal, la pression brûlait sous mes ongles, mais je continuais, obstinée. Ce geste n’était pas seulement motivé par l’inconfort dans ma chaussure. Il venait d’une irritation plus profonde, d’un besoin soudain de retirer quelque chose qui résistait trop longtemps.

J’étais assise sur le sol de l’entrée, le dos appuyé contre le mur, encore vêtue de mon manteau. La journée avait été interminable. Chaque pas m’avait rappelé cette gêne sourde, persistante, que j’avais essayé d’ignorer. Comme tant d’autres choses, je m’étais dit que ça passerait. Mais rien ne passait.

La semelle semblait faire corps avec la chaussure, comme si elle avait toujours été là. Lorsqu’elle céda enfin avec un léger bruit sec, je ressentis une étrange satisfaction, presque disproportionnée. Un soulagement immédiat, suivi d’un silence inattendu. Je regardai à l’intérieur, m’attendant à trouver un gravier, un pli, quelque chose de concret. Il n’y avait rien.

Ce vide me troubla plus que s’il y avait eu un objet visible. J’avais espéré une cause évidente, une explication simple. Au lieu de cela, il ne restait qu’une trace de colle et une impression diffuse, comme celle que laisse un problème invisible. Je compris alors que la douleur n’était pas toujours liée à ce qu’on peut nommer.

En reposant la chaussure à côté de moi, je réalisai à quel point cette scène ressemblait à ma journée, à ma vie même. Tout semblait fonctionner de l’extérieur, mais quelque chose, à l’intérieur, était mal ajusté. Trop serré. Trop contraignant. Et j’avais continué à avancer malgré tout.

Je massai lentement mon pied et fermai les yeux. L’appartement était calme, honnêtement calme, sans attentes ni obligations. Dans ce silence, je sentis la fatigue s’installer, non pas celle des muscles, mais celle de l’esprit qui s’adapte sans cesse.

Je remis finalement la semelle en place, mais différemment. Moins forcée, moins rigide. Comme un rappel discret : je n’étais pas obligée de tout supporter jusqu’à la douleur. Parfois, il faut s’arrêter, regarder de près, et avoir le courage d’arracher ce qui ne tient plus — même si cela demande toute notre force.

Ce petit acte banal m’a appris quelque chose ce soir-là. La libération ne vient pas toujours avec des réponses claires. Elle commence parfois simplement par un geste décidé, et par l’acceptation qu’il est temps de desserrer la pression.

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